La communauté juive qui s'est formée au Yémen avec ses traditions et son mode de vie propre, fut l'une des plus insulaires du monde juif, car elle avait très peu de contacts avec les autres communautés diasporiques.

La communauté juive du Yémen a connu une très grande longévité et, du fait d’un relatif isolement, a maintenu presque intactes, jusqu’à son départ pour Israël, ses traditions religieuses et sa culture.

Elle constitue un modèle de communauté traditionnelle de diaspora, avec une conception messianique fondée sur le retour en Israël, jusqu'à la fin du XIXème siècle. Les conditions sociales et économiques ont été très dures pendant presque toute l'histoire du judaïsme yéménite. Les Juifs étaient les seuls non-musulmans au Yémen pendant plus de 1 000 ans et ils en ont beaucoup souffert.1

 

Le Yémen comprend à cette époque un peu moins de 50 000 Juifs dont la situation se dégrade. En 1947 a lieu un pogrom à Aden où 82 Juifs sont tués. Les fermetures de commerces, les agressions et pillages ainsi que des accusations de meurtre rituel se multiplient en 1948.

 

Le gouvernement israéliens, avec l'aide des flottes aériennes britanniques et américaines organise un pont aérien entre le Yémen et Israël. 380 vols sont ainsi mis en place. L'opération est prolongée jusqu'en 1962.

 

En 2016, 19 Juifs ont encore extraits du pays qui n'en compte plus sans doute pas plus de 50 à ce jour.

 

 

 

 

 Ils n’avaient pas de bagages. La majorité d’entre eux n’avait même pas de chaussures. Ils avaient marché depuis l’endroit où ils vivaient pour arriver ici [sur la base]. Ils avaient marché pieds nus à travers le désert pour venir. Certains arrivaient de Sanaa, à 380 kilomètres de là », s’exclame Long1.

Ils sont restés devant l’avion. Leur hésitation et leur appréhension étaient palpables.

« Un grand nombre d’entre eux n’avaient jamais vu un avion auparavant. Puis leur rabbin leur a dit : ‘C’est votre aigle qui va vous emmener pour votre alyah' », ajoute Long, se référant au verset 19:4 de l’Exode : « Et comment je vous ai portés sur des ailes d’aigle et amenés vers moi ».

Il n’y avait pas d’escalier pour monter à bord, simplement une échelle. Et les passagers sont donc montés un à un, se passant les bébés et les petits enfants.

Puis ils ont décollé, suivant un parcours de vol soigneusement réfléchi au milieu de la mer Rouge, au dessus du Golfe d’Aqaba, au-dessus d’Eilat, de Beer Sheva avant d’atterrir à Tel Aviv. Aucun plan de vol n’avait été rempli. Seuls les Britanniques, les Américains et les Israéliens savaient d’où ils venaient et quelle était leur destination.

Pendant les deux années suivantes, Long, aux côtés des capitaines Sam Silver et Warren Metzger et du pilote en chef Robert McGuire junior, ont aidé à faire se réaliser pleinement la prophétie biblique qui annonçait le retour des Juifs yéménites au sein de leur foyer – Israël – « sur les ailes d’un aigle ». 2

 

 

 

Le sauvetage présente une face beaucoup plus sombre. On savait depuis longtemps que la mortalité des enfants yéménites en Israël avait été exceptionnellement forte. Des enquêtes menées entre 1948 et 1954 avaient conclu à des morts par maladie.

Des recherches gouvernementales sur la période, effectuées, et dont les résultats ont été mis à la disposition du public à partir de 2016, ont cependant montré que des enfants Yéménites avaient servis de cobaye pour des expérimentations 'scientifiques' et que certains en étaient morts.

Les corps de dizaines d'enfants ainsi décédés dans des hôpitaux n'avaient jamais été restitués à leurs parents. Les certificats de décès sont truffés d'erreurs.

En 2018, obligation est faite aux archives d’État de publier 300 000 documents inédits relatifs à ces affaires, ainsi que toutes les statistiques pertinentes sur le sujet.

 

Les ‘expérimentations’ visaient à s'assurer que les Yéménites n'avaient pas de ‘sang nègre’ auraient fait plusieurs morts.

Des enfants ont aussi été enlevé des hopitaux pour les confier à des familles askénazes.

 

Des échantillons de sang prélevés sur des Yéménites dans les années 1950 ont été testés pour déterminer s’ils avaient du « sang de négro ». Des photographies d’enfants montrent comment leurs organes ont été marqués. En outre, 50 cœurs ont été prélevés sur les dépouilles de nouveaux immigrants venus du Yémen pour la recherche médicale dans un projet qui aurait été financé par les Etats-Unis.

Les accusations graves sur de telles pratiques ont été présentées la semaine dernière à la commission spéciale de la Knesset sur la Disparition d’enfants du Yémen, de l’Est et des Balkans, basées sur des témoignages vieux de 20 ans par des professionnels médicaux israéliens.

Les affirmations que des médecins auraient utilisé des cellules sanguines de Yéménites juifs pour tester la drépanocytose et l’ascendance africaine sont corroborées par un article publié en novembre 1952 dans la revue médicale The Lancet. A l’époque, la loi israélienne ne demandait pas de consentement pour une telle procédure.

Les accusations que des cœurs ont été prélevés sur des dépouilles de Juifs yéménites pour les besoins de la recherche ont été soutenues par un anatomo-pathologiste en 1997, mais le professionnel médical ne travaillait pas à l’hôpital où les opérations auraient eu lieu et la source originale de l’information était décrite comme « absolument pas confirmée ».

Depuis les années 1950, plus de 1 000 familles, principalement des immigrants du Yémen, mais aussi des dizaines en provenance des Balkans, d’Afrique du Nord et d’autres pays du Moyen Orient, ont affirmé que leurs enfants avaient systématiquement été enlevés dans des hôpitaux israéliens et donnés à l’adoption, parfois à l’étranger.

Contestée par des universitaires et réfutée par les preuves, l’affaire a constamment refait surface, en partie parce que la plupart des familles n’ont jamais vu le corps de leurs enfants et n’ont pas été informées de leur lieu d’enterrement. En outre, les certificats de décès étaient truffés d’erreurs, et la plupart des enfants disparus ont reçu des convocations pour leur service militaire 18 ans après leur mort présumée.

Il y a également eu des cas où des enfants adoptés ont pu confirmer, grâce à des tests génétiques, qu’ils étaient de familles yéménites à qui on avait affirmé qu’ils étaient décédés.

Les archives de l’Etat ont déclassifié 400 000 documents sur l’affaire en décembre 2016, mais la polémique qui dure depuis des années est loin d’être terminée puisque les familles ont rejeté les conclusions des enquêtes successives, et des groupes de soutien représentant les familles continuent à faire la pression pour des investigations plus poussées.' 3

 


 

1 Elgen Long était le capitaine d'un des avions assurant le pont aérien