Démographie et composition de la population
La population de la Palestine mamelouke était ethniquement et religieusement diverse. Les sources disponibles — principalement les chroniques arabes, les documents de waqf, les récits de voyageurs et quelques registres fiscaux — permettent de dessiner un tableau approximatif.
La population musulmane — arabe, avec une élite militaire turco-circassienne — était majoritaire mais pas exclusive. Les musulmans locaux, souvent appelés Fellahin (paysans) dans les sources, cultivaient la terre, pratiquaient l'artisanat et le petit commerce. L'élite militaire mamelouke était numériquement réduite mais politiquement et économiquement dominante.
La population chrétienne — composée principalement de chrétiens de rite grec orthodoxe, avec des minorités syriaques, arméniennes et latines — maintint une présence dans les villes (notamment à Jérusalem, Bethléem et Nazareth) et dans certains villages. Les chroniqueurs mamelouks notent la présence continue de pèlerins chrétiens à Jérusalem — un flux que les Mamelouks tolérèrent et parfois encouragèrent, car il générait des revenus fiscaux et commerciaux appréciables.
La population juive de Palestine, réduite et dispersée, se concentrait principalement à Jérusalem, Hébron, Safed et Tibériade — les quatre villes saintes (arba kehillot kedoshot) du judaïsme. Des sources rabbiniques et des récits de voyageurs juifs — notamment Ishtori ha-Parhi (Kaftor va-Ferakh, 1322) et Meshullam de Volterra (Massa Meshullam mi-Volterra, 1481) — documentent la présence juive en Palestine mamelouke et fournissent des informations précieuses sur les conditions de vie de ces communautés (ha-Parhi, éd. Luntz, Jérusalem, 1897 ; Meshullam de Volterra, éd. Yahalom, Jérusalem, 1994).
L'économie : agriculture, commerce et artisanat
L'économie de la Palestine mamelouke reposait sur trois piliers :
L'agriculture : la plaine côtière, la vallée de Jezreel et les collines de Judée et de Samarie produisaient du blé, de l'orge, de l'huile d'olive, du sucre de canne (dans la région de Jéricho et de la plaine de Sharon), du coton et diverses cultures maraîchères. La production agricole alimentait en partie les villes locales et en partie l'exportation vers le Caire.
Le commerce de transit : la Palestine était traversée par les routes commerciales reliant l'Égypte à la Syrie et à l'Anatolie. Les khans (caravansérails) construits par les Mamelouks le long de ces routes — à Lydda, Ramla, Naplouse, Jenine — témoignent de l'importance de ce commerce de transit pour l'économie locale.
L'artisanat : plusieurs industries artisanales locales avaient une réputation régionale ou internationale. La verrerie de Hébron — dont les verres soufflés multicolores étaient exportés vers l'Égypte et l'Europe — est attestée dès la période mamelouke par des sources arabes et des vestiges archéologiques. Le savon de Naplouse — fabriqué à partir d'huile d'olive et de soude (natrun) — était une production de réputation ancienne qui se développa sous les Mamelouks. Les textiles, notamment les cotons et les soieries de Syrie et de Palestine, alimentaient les marchés du Caire et d'Alexandrie.
Les routes et les infrastructures
Les Mamelouks maintinrent et développèrent le réseau de routes qui traversait la Palestine — routes militaires, commerciales et de pèlerinage. Le système des relais de poste (barid) — hérité des Ayyoubides et développé par Baybars — permettait la transmission rapide des messages entre le Caire et Damas via la Palestine, avec des relais de chevaux frais à intervalles réguliers. Ce système contribuait à l'unité administrative de l'Empire et permettait une réaction rapide aux menaces militaires.
Les khans (caravansérails) disséminés le long des routes sont l'expression architecturale la plus visible de cette politique d'infrastructure. Plusieurs khans mamelouks sont encore partiellement conservés en Israël et dans les territoires palestiniens — à Khirbat al-Manawat, à Beit Dajan, ou à Khan al-Tujjar (« caravansérail des marchands », près d'Akko)