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La fin de la Palestine croisée

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La conquête mamelouke de la Palestine s'étala sur plusieurs décennies, au rythme de la réduction progressive des derniers bastions croisés sur la côte. Cette conquête fut l'œuvre de plusieurs sultans successifs :

Baybars (1260-1277) s'empara de Césarée (1265), Arsuf (1265), Safed (1266) et Jaffa (1268), ainsi que d'Antioche (1268) — dont la chute fut décrite par les chroniqueurs contemporains comme un désastre sans précédent pour la chrétienté d'Orient.

Qalawun (1279-1290) prit Marqab (1285), Latakié (1287) et le comté de Tripoli (1289).

Al-Ashraf Khalil (1290-1293) porta le coup de grâce en s'emparant de Saint-Jean-d'Acre le 18 mai 1291 — la dernière grande forteresse croisée en Palestine. La chute d'Acre mit fin à deux siècles de présence franque en Terre Sainte et livra la Palestine entière aux Mamelouks. Les autres places fortes côtières — Tyr, Sidon, Beyrouth, Haïfa, Athlit (Château Pèlerin), Tortosa — furent abandonnées ou capitulèrent dans les semaines qui suivirent.

La politique délibérée de destruction des villes côtières

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L'un des aspects les plus importants — et les plus durables — de la politique mamelouke en Palestine est la décision délibérée de détruire les villes côtières. Après la chute d'Acre, les Mamelouks rasèrent systématiquement les fortifications et les installations portuaires de toutes les villes côtières de Palestine — Acre, Haïfa, Caesarée, Arsuf, Atlit, Ascalon — pour prévenir tout retour des croisés par la mer.

Cette décision, qui peut sembler purement militaire, eut des conséquences démographiques et économiques considérables et durables. La côte palestinienne, qui avait été le siège d'une activité commerciale et urbaine intense pendant deux siècles de domination croisée, fut délibérément dépeuplée et désurbanisée. Acre — la plus grande ville de la Palestine croisée, avec peut-être 40 000 habitants à son apogée — fut rasée et ne se rebâtit que partiellement sous les Ottomans, au XVIIIe siècle. Cette destruction délibérée du littoral explique en grande partie le relatif sous-développement économique de la Palestine pendant toute la période mamelouke et la première période ottomane.

Le géographe mamelouk al-Dimashqi (Nukhbat al-Dahr, vers 1300) et le grand historien Ibn Khaldun (Muqaddimah, 1377) notèrent l'un et l'autre le dépeuplement de la côte palestinienne comme une conséquence directe de cette politique — même si al-Dimashqi, proche de l'idéologie mamelouke, la justifiait comme une nécessité stratégique (al-Dimashqi, éd. Mehren, Leipzig, 1874 ; Ibn Khaldun, trad. Rosenthal, Princeton, 1958).

Le redéploiement vers l'intérieur : Jérusalem, Hébron, Naplouse, Safed, Gaza

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La destruction de la côte s'accompagna d'un redéploiement de l'activité urbaine et commerciale vers l'intérieur du pays — vers les villes de collines qui avaient été des centres secondaires sous les croisés et qui devinrent les pôles principaux de la Palestine mamelouke. Ce redéploiement explique pourquoi l'architecture mamelouke est si concentrée dans les villes de l'intérieur — Jérusalem, Hébron, Naplouse, Safed, Ramla, Gaza — et si peu présente sur la côte.

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