La résolution n°3379 de l'ONU

Le sionisme est un mouvement de libération d’un peuple persécuté. Cherchant une terre où s’établir dans un monde où nulle place ne lui est dévolue, il choisit de retourner vers la terre qui fut la sienne, dont il a été chassé à plusieurs reprises.

Le lien n’a cependant jamais été totalement rompu. Les Juifs célèbrent cette terre qui a porté leur temple depuis leur expulsion et des communautés juives ont toujours existé à Jérusalem ou en Galilée. Le cimetière du Mont des Oliviers est le plus grand cimetière juif au monde. Jésus lui-même était juif et rabbin. Des communautés juives continuaient à survivre en Galilée, d'autres sont venues au 18e siècle reconstruire des synagogues et vivre en terre sainte. Tout cela, bien avant le sionisme.

C’est aussi une terre où le nombre d’invasions a été innombrable. Parmi celles-ci, avant les Anglais et les Ottomans, il y eu les Arabes venus de la province du Hedjaz dans péninsule arabique vers 638, très peu d’années après la mort de Mahomet.

Durant les 500 dernières années, cette terre était ottomane. Le sionisme a d’abord pensé que l’empire ottoman accepterait un Etat sur ses terres. C'est finalement la communauté internationale  a reçu l’aval de la communauté internationale en 1947. Il est évident que les habitants majoritairement arabes à cette époque, sauf à Jérusalem et en Galilée s’y sont opposés, préférant à l'époque être rattachés à la Syrie.

Il s’agit là d’un des nombreux conflits de territoire dans le monde. Celui-ci a été tranché par l’ONU mais les Arabes ont préféré dès 1948 le choix des armes.

Le racisme n’a pas de place dans cette doctrine.

Le sionisme n’est pas dirigé contre une population arabe mais pour une population juive. L'Etat d'Israël comprend d'ailleurs 20% de population arabe alors qu'il n'y a plus un Juif dans les Etats arabo-musulmans, voisins ou lointains.

Penser le sionisme comme une doctrine d’exclusion n’est donc pertinent.

Pourtant c’est qu’a voté l’Assemblée générale de l’ONU par sa résolution n°3379 sur « l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale » en 1975, trente ans après avoir adoubé le sionisme en 1947.

La résolution, accolant systématiquement la doctrine sioniste à l’apartheid en vigueur à cette époque en Afrique du sud, considère que "le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale." . Elle est adoptée par 72 voix pour, 32 contre et 32 abstentions.

Les vingt-huit pays qui ont voté contre la résolution assimilant le sionisme au racisme sont les suivants États-Unis, les neuf pays de la Communauté européenne, Australie, Autriche, Bahamas, Barbade, Canada, Côte-d'Ivoire, Costa-Rica, République Dominicaine, Équateur, Finlande, Haïti, Islande, Liberia, Nouvelle - Zélande, Nicaragua, Norvège, Suède, Uruguay.

Vingt-huit pays se sont abstenus : Argentine, Botswana, Colombie, Éthiopie, Fidji, Gambie, Grenade, Honduras, Haute-Volta, Jamaïque, Japon, Kenya, Lesotho, Malawi, Népal, Panama, Pérou, Philippines, Roumanie, Rwanda, Sierra-Leone, Singapour, Swaziland, Thaïlande, Togo, Venezuela, Zaïre et Zambie.

 

Les réactions au vote

« Le représentant des États-Unis à l'ONU, M. Moinyhan, a qualifié d’horrible le vote de la commission sociale et déclaré que le texte adopté était la consécration officielle d'un " antisémitisme répugnant ".

Il avait lancé la veille un avertissement en assurant que l'adoption de ce texte aurait non seulement pour effet d'annuler toute participation américaine à la décennie de l'ONU contre le racisme, mais pourrait avoir des conséquences plus graves. "Ce ne serait que le commencement, a-t-il dit. Le Congrès réagirait à coup sûr."

… Les neuf pays de la Communauté européenne, qui ont voté contre la résolution, ont fait savoir, eux aussi, qu'ils ne " seraient pas en mesure de donner leur appui " aux textes sur la décennie antiraciste si l'Assemblée plénière des Nations unies ratifiait le vote de sa commission sociale. »1

Pour Moinyhan2, l’ambassadeur américain auprès de l’ONU :

«  Il semble s’être développé à l’ONU une pratique où un certain nombre de pays s’unissent dans le but de faire quelque chose de scandaleux, et par la suite, la chose scandaleuse ayant été faite, de se dire indignés par ceux qui ont la témérité de la signaler, puis de se déclarer ensuite innocents de tout acte répréhensible, et victimes des conséquences provoquées par les actes « insupportables » de ceux qui ont dénoncé le scandale en premier lieu. Par déférence à ces étranges sensibilités, les États-Unis ont choisi de ne pas s’exprimer avant ce vote : nous nous exprimons après le vote, et sur un ton des plus préoccupés.

Les États-Unis se lèvent et déclarent devant l’Assemblée générale des Nations Unies, et devant le monde, qu’ils ne reconnaissent pas, ne respecteront pas, et n’acquiesceront jamais à cette décision infâme.

… Ce que nous avons ici est un mensonge – un mensonge politique d’une variété bien connue du XXe siècle, et qui dépasse à peine les annales du mensonge et de l’indignation. Le mensonge est que le sionisme est une forme de racisme. La vérité claire et écrasante est qu’il ne l’est pas.

… Si, comme le distingué délégué [ de l’URSS ] l’a déclaré, le racisme est une forme de nazisme – et si, comme cette résolution le déclare, le sionisme est une forme de racisme – et bien nous nous sommes placé, une étape après l’autre, dans la position de proclamer – l’Organisation des Nations Unies a solennellement proclamé – que le sionisme est une forme de nazisme.

Ce que nous avons ici est un mensonge – un mensonge politique d’une variété bien connue du XXe siècle, et qui dépasse à peine les annales du mensonge et de l’indignation. Le mensonge est que le sionisme est une forme de racisme. La vérité claire et écrasante est qu’il ne l’est pas. »

La résolution votée cite aussi la résolution n° 3351 du 14 décembre 1973, qui est une longue résolution contre la politique d'apartheid du gouvernement Sud-Africain. Le Point G de la résolution  sur "la situation régnant en Afrique du Sud du fait de l'Apartheid" , souligne la collusion entre le colonialisme portugais, le régime d'apartheid et le sionisme, telle qu'elle s'est illustrée par l'aide politique, militaire et financière que se fournissent le Portugal, l'Afrique du Sud et Israël "

Mais l’Assemblée générale de l’ONU reprend en fait mot pour mot le discours de Yasser Arafat. Le leader de l’Olp s’était exprimé à la tribune de l’Onu en 1974, avec, fait extraordinaire un pistolet à la ceinture: « ...Le sionisme est une idéologie impérialiste, colonialiste et raciste, elle est profondément réactionnaire et discriminatoire, elle peut être comparée à l'antisémitisme par ses aspects les plus rétrogrades et, partant, elle en constitue l'autre volet.»

La résolution est donc surtout le résultat d’un rapport de force au sein de l’ONU

 

Un acte politique

« Abba Eban, un ancien ministre des Affaires étrangères d’Israël, qui a souvent représenté son pays aux Nations unies, a dit un jour que « l’organisation internationale serait disposée à voter n’importe quelle résolution, y compris déclarant que la terre n’est pas ronde, si les Arabes étaient persuadés que cela nuirait à Israël ».

L’affirmation est imagée, mais à peine exagérée. Les Nations unies, grâce à la majorité automatique arabo-soviéto-tiers mondiste qui y dicte sa loi, ont en effet, au cours des dernières décennies, voté les textes les plus iniques, les plus injurieux pour Israël… et pour d’autres pays occidentaux. Elles se sont souvent abstenues d’inquiéter les auteurs d’actes d’agression et de terrorisme flagrants, mais ont condamné les victimes quand elles recouraient à la légitime défense contre ces crimes. Les Nations unies ont ainsi gaspillé le temps et l’argent des États membres, et dilapidé le capital moral d’une organisation qui devait incarner la conscience internationale, se ravalant au rang du « machin » qu’a accablé, avec mépris, le général de Gaulle.

C’est sur le terrain du conflit arabo-israélien que les Nations unies ont atteint le sommet de l’arbitraire et du parti pris. Elles ont consacré à ce problème beaucoup plus de temps qu’à n’importe quel autre : la faim, la pauvreté, la lutte contre les maladies, les violations des droits de l’homme, les génocides, le danger nucléaire. »3

« Le vote de l’ONU, assimilant le sionisme au racisme ou à une forme de racisme, a été un acte politique. Comme la plupart des actes politiques de ce genre, il répond à un dessein – nous verrons même qu’il répond à plusieurs desseins, en vue de manœuvres définies, mais non avouées.

Le machiavélisme – ou ce que l’on désigne comme tel – consiste en général à camoufler derrière un principe des intentions pour le moins équivoques...

Quel était le dessein caché ou non avoué de cette motion votée par la majorité des membres de l’ONU ? Pour le savoir, il faut considérer les groupes qui ont apporté leurs voix. Il y a trois groupes :

– en premier lieu les pays arabes, dont on connaît l’inconscience et l’incohérence politique et qui en général ne trouvent une unité formelle qu’à propos de motion générale de ce type ;

– en deuxième lieu le groupe des pays, dits démocraties populaires ;

– en troisième lieu le reste des pays du tiers-monde, à quelques exceptions près.

Les desseins de ces trois groupes n’étaient pas les mêmes. Pour les pays arabes il s’agissait de soutien à la cause palestinienne. Pour les pays socialistes, le problème était de permettre à la Russie, en tête, une opération de politique intérieure. Pour les autres pays du tiers-monde, le dessein était moins net : il s’agissait de ne pas se couper de l’idéologie actuellement en vogue du point de vue des relations internationales, qui se prétend socialiste, anti-impérialiste et anticapitaliste.

Nous pouvons négliger le dernier groupe, qui n’a voté la motion que par solidarité, le plus souvent sans conviction, mais par esprit moutonnier. Il est certain que les pays arabes, et même ceux à prédominance musulmane, n’auraient pas réussi à faire adopter une telle motion.

L’élément décisif fut la Russie, avec le groupe des démocraties populaires qu’elle contrôle. C’est parce que ce groupe s’est joint à celui des Arabes, qu’ils ont réussi ensemble à entraîner par solidarité idéologique les autres pays du tiers-monde dans une majorité.

… En ce qui concerne les Arabes, le dessein est clair. Il s’agissait pour eux de soutenir, à peu de frais, la cause palestinienne. Ils seront toujours prêts à voter toute motion dont le caractère serait anti-israélien » 4

 

La position de la France

La position de la France, pourtant pas franchement pro-israélienne depuis 1967 ne souffre pas d’ambiguïté sur le sujet. En témoigne cet échange à l’Assemblée en 1986 :

« - Question de M. JUNG Louis (Bas-Rhin - UC) publiée le 18/12/1986

M. Louis Jung demande à M. le ministre des affaires étrangères quelles initiatives compte prendre le Gouvernement français pour parvenir à abolir la résolution n° 3379 du 10 novembre 1975 des Nations unies assimilant le sionisme au racisme. Il considère que les calomnies dont le sionisme est l'objet, et dont le vote de 1975 des Nations unies est un exemple caractéristique et des plus condamnables, dissimulent mal un antisémitisme à peine camouflé. Il demande que la France contribue à mettre fin aux opérations de désinformation qui se déroulent de par le monde sur ce thème et que la véritable signification historique du sionisme soit mise en pleine lumière.

- Réponse du ministère : Affaires étrangères publiée le 19/02/1987

Comme il l'a récemment indiqué à M. Georges Mesmin et à M. André Durr, députés, le Gouvernement tient à rappeler à l'honorable parlementaire que la France a voté contre la résolution n° 3379 de la 30e assemblée générale des Nations unies, assimilant le sionisme au racisme. La déclaration faite, à cette occasion, par notre représentant aux Nations unies a clairement montré la réprobation de la France à l'égard de cette initiative. La France attache le plus grand prix à la lutte contre le racisme et contre la discrimination raciale.

C'est pourquoi elle participe aux activités entreprises par les Nations unies dans ce domaine, mais à condition qu'elles ne soient pas détournées de leur objet par des assimilations que nous n'acceptons pas. Telle est la règle que nous nous sommes fixée et qui a dicté notre conduite à l'égard des deux décennies de la lutte contre le racisme aux Nations unies.

Ainsi, en 1978, la France, avec ses partenaires européens et certains pays occidentaux a quitté, avant la fin de ses travaux, la première conférence mondiale de la lutte contre le racisme lorsqu'y ont été adoptés deux paragraphes de la déclaration finale qui accusaient Israël de pratiquer une politique de discrimination raciale et condamnaient les relations entre " l'Etat sioniste d'Israël et le régime raciste d'Afrique du Sud ".

Dans le même esprit, la France, ainsi que la plupart de ses partenaires occidentaux, s'est prononcée, en 1983, contre deux paragraphes de la déclaration finale de la deuxième conférence mondiale de la lutte contre le racisme, qui, bien que rédigés en des termes plus nuancés, n'en demeuraient pas moins inacceptables sur le fond. Nous nous sommes, en outre, prononcés contre l'ensemble de cette déclaration. Grâce à cette attitude de fermeté, adoptée par la France et la plupart des pays occidentaux, l'assemblée générale des Nations unies n'a plus eu à connaître de textes reprenant les termes de la résolution n° 3379.

Si une nouvelle initiative devait être prise, l'honorable parlementaire peut être assuré que, fidèle à ses traditions, la France agirait conformément à la ligne qu'elle s'est fixée depuis lors. »

 

L'abrogation

Alors qu’Israël est pressée par les Americains de participer à la conférence de Madrid (qui conduira aux accords d’Olo en 1993), l’État hébreu refuse si la résolution de 1975 n’est pas abrogée.

Le Président des États-Unis George H. W. Bush présente la résolution d’abrogation par ces mots :

« Le sionisme n'est pas une politique ; c'est l'idée qui a conduit à la création d'un foyer pour le peuple juif, à l'État d'Israël. Et assimiler le sionisme avec le péché intolérable revient à déformer l'Histoire et oublier la terrible détresse des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et, en fait, tout au long de l'Histoire. Assimiler le sionisme au racisme revient à rejeter Israël lui-même, un membre en règle des Nations unies. Cette organisation ne peut prétendre rechercher la paix et en même temps défier le droit d'Israël d'exister. En révoquant inconditionnellement cette résolution, les Nations unies rehausseront leur crédibilité et serviront la cause de la paix. »

La très courte résolution n° 4686 du  16 décembre 1991, abroge par 111 voix pour, 25 contre et 13 abstentions la résolution 3379 :

 "L’assemblée générale décide de révoquer les dispositions contenues dans sa résolution 3379 du 10 novembre 1975 »

Ont voté contre l’abrogation les 25 pays suivants : Afghanistan, Algérie, Arabie saoudite, Bangladesh, Brunei, Corée du Nord, Cuba, Émirats arabes unis, Indonésie, Irak, Iran, Jordanie, Liban, Libye, Malaisie, Mali, Mauritanie, Pakistan, Qatar, Somalie, Sri Lanka, Soudan, Syrie, Viêt Nam, Yémen.

Et sont abstenus les 13 pays suivants : Angola, Birmanie, Burkina Faso, Éthiopie, Ghana, Laos, Maldives, Maurice, Ouganda, Trinité-et-Tobago, Turquie, Tanzanie, Zimbabwe.

 

Le 21 juin 2004, à l’occasion de l’ouverture de la première conférence des Nations unies sur l’antisémitisme, Kofi Annan, secrétaire général des Nations unies de l’époque, déclare :  "Il est déplorable que l’Assemblée générale ait adopté en 1975 une résolution dans laquelle elle assimilait le sionisme au racisme et je me félicite qu’elle soit depuis revenue sur sa position."

« Le chef du département politique (affaires étrangères) de l'OLP, M. Farouk Kaddoumi, a affirmé, mardi 17 décembre à Tunis, que l'annulation, la veille, de la résolution de l'ONU de 1975 assimilant sionisme et racisme est une décision " honteuse pour l'histoire de l'humanité ". M. Kaddoumi a ajouté que cette décision a donné une " image inversée de l'organisation et consacré la mainmise américaine sur l'ONU ".

" Le monde sait pertinemment qu'Israël se livre a des pratiques terroristes et fascistes dans les territoires occupés. Il réprime les populations palestiniennes autochtones, commet des massacres et renforce sa politique d'implantations ", a ajouté M. Kaddoumi. Le dirigeant palestinien a aussi accusé les Etats-Unis et " certains " pays européens de vouloir " soumettre les pays du tiers-monde à leur emprise, au travers de pressions politiques et économiques ".

A Jérusalem, M. Fayçal Husseini, l'une des principales personnalités palestiniennes des territoires occupés, a déclaré : " La répression israélienne du peuple palestinien et la négation de ses droits nationaux légitimes, à commencer par celui à l'autodétermination, sont d'inspiration raciste. L'abrogation de cette résolution ne revêt guère d'importance pour l'ensemble des Palestiniens. Ce qui en aurait, c'est la suppression de la politique et des lois israéliennes agressives et racistes. "

A Damas, le ministère des affaires étrangères a affirmé dans un communiqué que l'annulation de la résolution de 1975 n'efface pas le fait que " les lois discriminatoires israéliennes restent en vigueur ". _ (AFP, Reuter.) »5


1 Le Monde 20 octobre 1975

3 Paul Giniewski, « La résolution 3379 des Nations unies : le sionisme est-il un racisme ?  » Revue n° 466 Juin 1986 - p. 65-78

4 Julien Freundin la Revue des Deux mondes mai/juin 2023